CyrilBlog
Journal Impudique


jeudi, juin 27, 2002  

Aujourd'hui, c'est la dernière émission de Loft Story avant élimination finale. J'en profite donc pour chantonner gaiement l'homélie funèbre d'un concept basé sur la fin de l'intelligence collective, vague notion humaniste qu'on aurait voulu appropriée aux téléspectateurs qui ont payé 0,55 euros l'appel téléphonique pendant des semaines pour se donner l'illusion d'exister. Donc voilà.

LOFT STORY : Organismes Génétiquement Minorés

Au fond d'une grotte, il y a fort longtemps, un homme illuminé par un éclair de génie se leva dans l'obscurité. Il se saisit de quelques brindilles incandescentes , trempa sa main dans un monticule d'excréments et la plaqua vigoureusement sur une des parois. Dans un bref grognement de satisfaction, éclairé par la pâle lueur de la braise, l'art rupestre était né.

Ses lointains cousins ont successivement inventé l'agriculture biologique, la sidérurgie, les vacances discount à Djerba, le bug de l'an 2000, la liposuccion et le trouble obsessionnel compulsif. Dès lors, on pensait à juste titre que l'esprit humain avait atteint son seuil d'incompétence stylistique en ce que l'imaginaire ne saurait produire une représentation de son propre dépassement. Et bien, ce postulat était faux.

La télévision nous fait dorénavant parvenir à un stade d'évolution que nulle anthropologie n'aurait pu anticiper en déchiffrant les fossiles congelés d'ongles incarnés de dinosaures dans les couches sédimentaires sibériennes. La real TV, après des années de recherche sur différents panels de consommateurs, a mis au point la défécation cérébrale assistée par audiotel.

Après prescription d'un puissant laxatif publicitaire, votre système neuro-végétatif se contracte dans d'horribles soubresauts spasmodiques. Il est trop tard : dans un épouvantable fracas intestinal, le cerveau fait sous lui. Cette arme absolue a pour matricule : Loft Story. Cette émission de gaz permanente, au Q.I. (Quotient Inodore) négatif, va au rien comme le chien va à la crotte : avec un flair infaillible.

Comment ça marche? C'est un secret de jardinier. Enfermons six bulbes prépubères et six tubercules poilus dans une serre chauffée par des projecteurs, installons des caméras pour suivre la germination et des micros pour entendre le crissement des pédoncules. On glose ensuite toute la journée sur les tiges qui s'éveillent et se dressent, sur les bourgeons d'acné qui mûrissent à mesure qu'on saupoudre de compost médiatique cette flore coprophile.

Nos stars maraîchères s'ébattent drôlement dans le clapot fétide d'une agitation orchestrée par l'hystérie collective : quand vont-ils enfin se bouffer l'oignon, ces petites graines? On arrache alors périodiquement les mauvaises herbes pour laisser les belles plantes s'épanouir sur des posters punaisés dans des chambres de bonne. Les viriles étamines sont, quant à elles, érigées au rang de grosses légumes du look tendance. La feuille de vigne se porte haut cette saison car aujourd'hui on enlève le bas pour que les incontinents respirent.

Bref, la symphonie potagère en mode mineur se décline en de multiples compilations vendues sous vide d'intelligence pour se donner un air entendu. En guise d'amuse-bouche, le cuistot Castaldi se met au fourneau pour servir la ratatouille avariée qui nous flanque une dysenterie incontrôlable de l'encéphale.

Tout fuit, même la culture, puisque la seule matière qui reste quand on a tout oublié, c'est l'étron au fond du bidet. Matière fétale de la régression scatologique, matière fécale de notre béatitude après l'expulsion. D'un doigt, qu'on plonge dans cette encre molle, on écrit notre précis de résignation : Prout!

posted by cyril | 8:52 AM
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